Publié le 15 juin 2026
À la veille de la journée de réflexion sur le coût et le financement des infrastructures municipales, l’Union des municipalités du Québec lance un message clair : le Québec connaît déjà le problème. Il doit maintenant passer à l’action.
Les études s’accumulent, les constats sont partagés et les effets sont visibles : des logements qui tardent à se construire, des projets d’infrastructures reportés, des rues qui se dégradent, des quartiers entiers bloqués faute de réseaux d’eau suffisants. Partout au Québec, les mêmes conséquences se répètent et la facture, elle, continue d’augmenter.
Ce que cela signifie concrètement, c’est moins de logements disponibles, des services plus coûteux et des occasions économiques qui échappent aux communautés. Et derrière ces impacts bien réels : des règles mal arrimées, des processus lourds et un financement imprévisible.
Ce phénomène n’est pas marginal. Il est systémique.
Dans le secteur municipal, qui porte 60 % des infrastructures publiques, les coûts augmentent d’environ 8 % par année. Alors que le déficit d’entretien des infrastructures d’eau dépasse 50 milliards de dollars, le Québec est pris dans un cercle vicieux : plus il y a des normes, plus c’est long, plus c’est cher, moins on construit.
Les réponses existent et font consensus. Elles doivent maintenant être mises en œuvre rapidement. Pour reprendre le contrôle sur les coûts de construction, deux leviers doivent être activés sans attendre.
Moderniser les normes pour construire sans délai inutile
L’augmentation des exigences gouvernementales au cours des dix dernières années a entraîné des coûts supplémentaires estimés entre 900 M$ et 1,5 G$ par année pour le milieu municipal, soit de 28 à 40 % de l’augmentation totale des coûts. Les normes poursuivent des objectifs importants, mais leur accumulation, leur manque de cohérence et leur application souvent rigide ne permettent plus de réaliser des projets à des coûts soutenables pour les contribuables du Québec.
Il faut passer à une approche plus agile et mieux coordonnée, revoir intelligemment les normes problématiques afin de les rendre plus cohérentes, mieux adaptées à la réalité du terrain et compatibles avec notre capacité collective de payer.
Réformer le financement pour passer plus rapidement à l’exécution
Aujourd’hui, le financement des infrastructures est fragmenté dans environ 200 programmes qui sont complexes et dont le financement est souvent imprévisible. Cette instabilité freine la planification, impacte la réalisation des projets et alourdit les coûts.
Il faut changer d’approche, simplifier en profondeur et surtout faire confiance aux municipalités qui ont la capacité de gérer les sommes dédiées aux travaux d’infrastructure. En regroupant l’ensemble des programmes d’aide financière pour les infrastructures municipales en un transfert général stable et prévisible à travers le temps, on permet de réduire considérablement la lourdeur administrative et investir là où se trouvent les besoins.
Tant que le Québec ne s’attaquera pas à la multiplication des normes et au financement des infrastructures, il ne reprendra pas le contrôle des coûts de construction. Cela implique de revoir l’approche actuelle, marquée par une culture du risque zéro qui, dans certains cas, peut conduire à des choix coûteux aux gains limités. Il faut mieux hiérarchiser les exigences et s’assurer que chaque dollar investi contribue réellement à nos priorités collectives et à notre capacité de bâtir.
Agir maintenant
Un chantier de réflexion sur les coûts est utile. Mais des diagnostics, le Québec en a déjà.
Cette journée doit se conclure par un plan d’action, avec des mesures immédiates et des échéanciers précis. Autrement, elle risque d’être perçue comme un exercice de plus, sans impact réel.
Nous sommes prêts à collaborer. Nous voulons faire partie des solutions et contribuer activement aux changements nécessaires.
Mais il faut des gestes rapides.
Stabiliser le financement et simplifier les règles : voilà les conditions pour reprendre le contrôle des coûts et relancer les projets.
Le Québec ne manque pas de solutions. Il manque de décisions.
Le temps de la réflexion est derrière nous.
Le prochain geste doit être concret, rapide et mesurable.
Guillaume Tremblay, président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Mascouche
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