Publié le 27 octobre 2026

Par Monique Jérôme-Forget
Coprésidente du chantier sur la fiscalité et les finances municipales de l’Union des municipalités du Québec.
Dans les prochaines semaines, les municipalités du Québec déposeront leur budget. Dans plusieurs cas, les taxes municipales augmenteront davantage que l’inflation.
Une hausse de taxes n’a jamais fait gagner un concours de popularité. Je le comprends. Mais je crois qu’il est temps d’avoir une conversation honnête avec les Québécoises et les Québécois.
Par prudence politique, les élus municipaux ont pris l’habitude de limiter les hausses de taxes au taux d’inflation. Ce faisant, les municipalités se sont enfermées dans ce que Nicolas Marceau et moi avons appelé, dans notre rapport sur les finances municipales, la « trappe de l’inflation » : une situation où les taxes augmentent au rythme de l’inflation alors que les coûts de construction, de réparation et d’entretien des infrastructures grimpent beaucoup plus vite.
Les matériaux, la main-d’œuvre spécialisée, les contrats de déneigement, le transport collectif, les équipements municipaux et les assurances connaissent des hausses qui dépassent largement l’évolution générale des prix. À cela s’ajoute un déficit d’entretien qui ne disparaît pas parce qu’on reporte les investissements. Au contraire. Chaque année de retard finit par coûter davantage.
En 2025, le déficit de maintien d’actifs des infrastructures d’eau et de voirie atteignait environ 50 milliards de dollars. Si la tendance observée au cours des dernières années se maintient, il pourrait presque doubler d’ici 2036. Les conséquences sont déjà bien réelles : bris de service, interventions d’urgence coûteuses, vulnérabilité accrue aux événements climatiques et incapacité de construire des dizaines de milliers de logements en raison de réseaux saturés ou insuffisants.
Au fil des ans, les municipalités ont réduit leur marge de manœuvre financière. Elles disposent aujourd’hui de moins de ressources pour préserver des infrastructures dont dépend pourtant notre qualité de vie.
Imagine-t-on le gouvernement du Québec annoncer que ses revenus augmenteront moins rapidement que l’économie, année après année? Bien sûr que non. Pourtant, c’est exactement ce qui s’est produit dans le monde municipal. Pendant que Québec et Ottawa maintenaient leurs revenus au rythme de la croissance économique, les municipalités se privaient elles-mêmes des moyens nécessaires pour suivre cette même croissance.
À force de reporter des travaux pour éviter d’augmenter davantage les taxes, nous avons accumulé ce qu’on appelle une dette d’entretien. Des infrastructures auraient dû être réparées ou remplacées plus tôt. Aujourd’hui, leur remise à niveau coûtera beaucoup plus cher. Une infrastructure négligée finit toujours par présenter sa facture.
Et cette facture est arrivée.
Pendant trop longtemps, nous avons confondu popularité et responsabilité. Limiter systématiquement les hausses de taxes à l’inflation peut être populaire. Entretenir adéquatement les infrastructures est responsable. La différence est majeure.
C’est pourquoi le rapport que nous avons corédigé, Nicolas Marceau et moi, recommande la création d’un fonds québécois dédié au maintien et à l’entretien des infrastructures municipales.
Le principe est simple. Une municipalité qui accepte d’augmenter ses revenus au même rythme que la croissance de l’économie québécoise peut accéder à une aide financière du gouvernement du Québec. En contrepartie, les sommes additionnelles doivent être consacrées exclusivement à l’entretien et au maintien des infrastructures.
Autrement dit, lorsqu’une municipalité fait sa part, Québec fait la sienne.
Cette approche permet de freiner l’érosion de la capacité financière des municipalités et, surtout, de s’attaquer au véritable problème : le retard accumulé dans l’entretien de nos infrastructures.
Je me suis d’ailleurs réjouie d’entendre cette semaine le premier ministre du Québec, M. St‑Pierre Plamondon, confier à Nicolas Marceau, à titre de ministre des Finances, le mandat de réformer la fiscalité municipale afin de donner aux municipalités les moyens de réparer leurs infrastructures.
Pour moi, il s’agit d’une reconnaissance importante. Le modèle fiscal actuel a été conçu pour une autre époque. Aujourd’hui, nous faisons face à un mur. Il faut agir maintenant.
Augmenter les taxes municipales au-delà de l’inflation est la conséquence d’années de sous-financement de l’entretien de ce qui nous appartient collectivement : notre patrimoine municipal.
Cela exige du courage politique. Le courage d’agir aujourd’hui plutôt que de transmettre une facture encore plus lourde à la génération suivante.
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