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COVID-19: quels impacts sur les femmes ?

Publié le 5 août 2020

 

Dans les pages de la dernière édition du magazine URBA, l’impact de la crise de la COVID-19 sur les femmes a été abordé. Entre autres, l’augmentation de la violence conjugale et de la charge mentale, et la place des femmes dans les emplois essentiels avaient été soulignés. Dans le contexte du déconfinement, on s’inquiète notamment du manque de services de garde pour les enfants. Cela pourrait nuire au retour au travail des femmes, surtout en prenant en compte que les femmes (et encore plus les femmes racisées et immigrantes) gagnent toujours moins que les hommes.

De plus, tel que rapporté par L’Actualité[1], les femmes et les hommes sont touchés différemment par la crise en ce qui a trait aux décès et aux cas confirmés. Le Québec est l’un des rares endroits au monde où les femmes meurent davantage de la COVID-19 (54% des décès) et l’attrapent davantage (59% des cas confirmés) que les hommes.

Afin de poursuivre la discussion sur les impacts de la crise sur les femmes, URBA s’est entretenu avec deux femmes occupant des postes stratégiques dans le milieu municipal : madame Maude Laberge, présidente de la Commission Femmes et gouvernance de l’UMQ, mairesse de Sainte-Martine et préfète de la MRC de Beauharnois-Salaberry, et madame Helen Dion, directrice du Service de police de la Ville de Repentigny.

Impact sur la criminalité

Il a été mentionné par différents expertes et experts que la crise actuelle augmente les risques de violence conjugale et familiale. L’Institut national de santé publique du Québec soulignait au mois d’avril 2020 qu’ : « Une enquête menée par Statistique Canada démontre qu’une femme sur 10 (9,9 %) et un homme sur 20 (6 %) a déclaré ressentir beaucoup ou énormément d’inquiétude à propos de la violence familiale qui pourrait être vécue pendant la crise ».

Madame Dion a effectivement constaté une hausse importante du nombre de plaintes en ce qui a trait à ces types de violences. Elle explique qu’en comparant les statistiques de 2019 avec celles de 2020, le lien avec le confinement est évident. Bien qu’il y ait eu une hausse du nombre de plaintes, elle souligne qu’il existe aussi une difficulté, accrue en temps de confinement, pour certaines femmes d’aller chercher des ressources ou de communiquer avec l’extérieur. Le Service de police de Repentigny a mis en place un suivi auprès des victimes de violence. Celles-ci sont mises en lien avec le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels qui offre un soutien psychologique, et elles sont informées des ressources disponibles, notamment les maisons d’hébergement.

Pour l’instant, madame Dion n’observe pas d’autres conséquences spécifiques de la crise sur les femmes, mais elle n’exclut pas que l’apparition d’autres données dans le futur pourrait révéler un éclairage nouveau sur la situation.

Rappelons également qu’il y a seulement 22 % de femmes policières dans les corps policiers canadiens en 2018 selon Statistique Canada. Madame Dion mentionne spécifiquement que « la présence féminine dans les hautes fonctions policières est anémique ». Elle souligne toutefois qu’il y a une volonté de mieux représenter la population : « Ça fait plus de 50 ans que les femmes sont présentes dans les corps policiers, et si on veut être en mesure d’offrir un service qui est porteur, qui représente la société, il faut que les femmes soient présentes dans les organisations policières, pour démontrer que le service de police ressemble à sa population ». Madame Dion note aussi l’importance que les corps policiers soient plus représentatifs des différentes communautés culturelles.

Impact sur les élections municipales de 2021

Le 9 mars dernier, en marge de la Journée internationale des droits des femmes, la Commission Femmes et gouvernance de l’UMQ a lancé la tournée D’Elles à Élues, visant à encourager les femmes à se lancer en politique municipale.

L’UMQ a aussi annoncé viser la parité femmes-hommes aux élections municipales de 2021. En 2017, 32,3 % des personnes élues sur des conseils municipaux étaient des femmes.

Madame Laberge souligne que la crise pourrait avoir des conséquences sur le nombre de femmes élues aux élections municipales de 2021 : « En ce moment, on sait que la crise impacte plus les femmes que les hommes. Est-ce que ça va venir impacter plus les candidates potentielles qui ne sont pas encore dans le milieu municipal? Est-ce qu’on va trouver autant de candidates qu’on aurait trouvé dans un autre contexte? La question se pose ».

Il faudrait donc repenser les façons d’inciter les femmes à se lancer en politique municipale, afin que « les femmes osent faire le saut en politique avec confiance ». En prévision des actions à poser pour augmenter le nombre de candidatures féminines, madame Laberge nous rappelle qu’il a été observé que « plus on augmente le nombre de candidates, plus il y aura en principe d’élues, puisqu’il n’y a pas de discrimination à l’urne ».

Madame Laberge souligne toutefois que certaines femmes qui sont au front de la crise, comme les infirmières, les éducatrices ou les caissières par exemple, sortiront de cette crise avec une fatigue physique et psychologique qui fera en sorte qu’elles seront peut-être moins tentées de se présenter.

Cela est sans compter un autre élément souligné par Madame Laberge : « généralement, les élus qui sont en place sont, dans une certaine mesure, favorisés à l’urne. Est-ce que, dans le contexte actuel, ça va être encore plus le cas, ou moins? J’ai l’impression que ça va être encore plus le cas parce que la tribune est moins partagée ».

Il faudra donc mettre les bouchées doubles afin d’atteindre la parité dans les conseils municipaux aux élections de novembre 2021. Madame Laberge souligne le travail de la Commission Femmes et gouvernance qui se penchera sur les impacts touchant davantage les femmes et tentera de documenter ceux-ci, notamment en menant un sondage sur l’état d’esprit des femmes élues dans le contexte de la crise de la COVID-19.

Le format de la tournée D’Elles à Élues annoncée par la commission au début du mois de mars 2020 sera aussi transformé afin de répondre aux contraintes qu’impose la crise. L’UMQ partagera l’information sur ses plateformes et souhaite tout de même rejoindre le plus grand nombre de femmes possibles au Québec qui seraient tenté par le monde municipal.

Enfin, madame Laberge souligne qu’ « une campagne électorale se prépare des mois à l’avance, c’est donc maintenant qu’il faut inviter les femmes à réfléchir à leur candidature ».

[1] https://lactualite.com/societe/une-crise-genree-exige-une-reponse-genree/

Pour lire ou relire le Urba de juin 2020: https://umq.qc.ca/publication/le-urba-de-juin-juillet-2020-est-disponible/

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