Arthur Rousseau et la croisade contre la « littérature immorale »

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l’heure est à la prospérité et à la consommation. Cette période, mieux connue sous le nom des « Trente Glorieuses », voit de nombreux produits être commercialisés en masse tels que la télévision et la voiture. Cela entraîne aussi de plus grands échanges commerciaux entre pays. Du côté du Québec, beaucoup de produits américains commencent à inonder le marché de la province et du reste du Canada. C’est notamment le cas de ce qu’on appelle alors la « littérature immorale », qui englobe autant les livres et les revues que les images et les calendriers. Le contenu de cette littérature est souvent associé à la violence, à la criminalité, à l’érotisme et à la sexualité. L’Église catholique, qui fait office depuis longtemps de censeur pour la communauté canadienne-française, en a alors plein les bras. Elle a peu de contrôle sur ce qu’elle qualifie comme étant un « fléau diabolique » et demande donc l’aide de l’État afin de réguler l’accès à ces publications.

Parmi les acteurs sollicités par l’Église, il y a bien sûr les municipalités. En 1948, Arthur Rousseau, alors maire de Trois-Rivières et deuxième vice-président de l’UMQ, initie l’engagement du pouvoir municipal dans la lutte à la littérature immorale. Le 16 mars, Rousseau fait adopter par le bureau de direction une résolution afin de demander au gouvernement Duplessis « d’étudier la possibilité d’établir un bureau de censure provinciale pour toutes les publications imprimées dans cette province ou en dehors ». Quelques mois plus tard, le premier ministre répond à leur demande en interdisant la vente de calendriers jugés immoraux dans la province. La même année, Rousseau devient le président de l’Union et poursuit ses efforts dans ce dossier. Il fait notamment adopter une résolution en faveur de la censure de la littérature immorale lors du congrès de 1949 et la fait parvenir aux paliers de gouvernement provincial et fédéral.

Puis, en 1955, le sujet revient sur la table lors des assises annuelles. Les maires de Verdun, d’Alma et d’Arvida, tout en appréciant les progrès faits jusqu’à présent, s’inquiètent du fait que le problème persiste. Ils font d’ailleurs adopter des résolutions en ce sens, demandant au gouvernement d’autoriser les villes à légiférer sur la question et de pouvoir interdire la vente de cette littérature controversée. Plus tard dans l’année, Armand Nadeau, maire de Sherbrooke, invite ses collègues à créer dans leur municipalité des « ligues de moralité » qui lutteraient pour interdire ce marché immoral.

Ce dossier représente une rare et singulière intervention de l’Union dans le champ de la moralité, qu’elle laissait normalement à d’autres acteurs.

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